Matthieu Lesenne et Olivier Duthoit sont les deux fondateurs et gérants de la Brasserie du Pays Flamand située à Blaringhem en plein cœur de la Flandre française.

Hello Craft Beer les a rencontré en février 2015 pour en savoir plus sur les origines et inspirations de leurs bières artisanales. Découvrez ci-dessous leur histoire.

Pourquoi avoir créé votre propre microbrasserie ?

Vous allez rire si on vous raconte l’histoire… ! Parce que l’idée de la brasserie est née d’un « pas chiche » entre Matthieu et et moi. On est meilleurs amis depuis longtemps.

Au fait, l’idée nous est surtout venue car on était lassés par nos vies professionnelles respectives dans des grands groupes. On avait envie de liberté et de mettre en avant notre région dont on est très fiers. La Flandre a une histoire et la bière l’illustre, au même que la convivialité du Nord, en particulier de la Flandre.

Quelle est la particularité des bières artisanales de la Brasserie du Pays Flamand ?

Notre envie est de toujours nous référer à ce que pouvaient faire les « Anciens ». Les bières houblonnées, par exemple, ont toujours existé en Nord-Pas-de-Calais, avant l’industrialisation de la brasserie. Le houblon a toujours été un élément de conservation de la bière et on en mettait beaucoup auparavant. Et c’est pareil pour la garde : on est dans un pays où la bière de garde a vraiment un sens. Nous gardons la bière le plus longtemps possible au froid. On s’inspire vraiment de notre histoire et de la tradition brassicole du Nord.

Concernant le choix des matières premières pour brasser nos bières, on a la chance d’être dans une région céréalière. On s’assure que le malt, même s’il vient d’ailleurs, reste d’origine du grand Nord. Pour le houblon il s’agit toujours d’une base de houblon du Nord-Pas-de-Calais. Il existe encore quelques houblonniers qui survivent dans le nord, donc la brasserie travaille toujours avec eux. Sur la gamme des bières Anosteké par contre c’est toujours un mix entre les houblons du Nord-Pas-de-Calais et les houblons aromatiques américains.

Quelles sont vos sources d’inspiration pour créer vos nouvelles recettes de bières ?

On est situé tout proche de la frontière Belge, donc l’influence est bien évidemment présente. Par rapport aux belges, on a la même histoire. Aujourd’hui dans les Flandres, on redécouvre notre histoire que les belges, eux, n’ont jamais oublié. Et puis la guerre est aussi passée par là, avec l’industrialisation à outrance. Nous avons exactement cette même histoire que nous remettons à l’ordre du jour avec les innovations du moment, cet engouement très fort pour les houblons américains par exemple. Ce sont toujours des sources d’inspiration, mais il s’agit de revenir aussi à nos bases. Nous parlerons par exemple de bières vieillies. L’idée était de partir d’un constat tout simple : comment nos anciens conservaient la bière. Il n’y avait pas d’inox, il n’y avait pas de fûts, de tanks en acier, juste du bois. C’est juste un retour en arrière.

Comment se porte la Brasserie du Pays Flamand aujourd’hui ?

Notre brasserie se développe à vitesse grand V, au-delà même de nos espérances. On a commencé tout petit, à deux, avec beaucoup d’heures de travail. La brasserie vend essentiellement dans le Nord-Pas-de-Calais, mais a commencé à se développer en dehors et au-delà de nos frontières. On exporte aussi, parfois très loin, notamment au Japon où l’Anosteké brune plait beaucoup. Il y a parfois des pays où l’on est bien vus et tout cela était plus ou moins inespéré. Mais il y a cette révolution brassicole que tout le monde connait et la brasserie s’est créée juste avant.

Qu’est ce qui vous plaît dans le métier de brasseur ?

Notre métier, on le fait avant tout par passion. C’est ancré dans nos gènes. En fin de compte, brasser sa bière, c’est une évidence pour nous. Je pense que cela vient de notre histoire : ma grand-mère brassait chez elle. J’avais toujours ces odeurs de malts et houblons dans la cuisine. Ce n’est pas par hasard qu’on est là.

Je pense aussi que la bière est par nature conviviale et cette convivialité, beaucoup de brasseurs l’ont. C’est inscrit aussi dans leurs gènes. C’est donc tout naturellement que la brasserie du Pays Flamand réalise des collaborations avec d’autres microbrasseries. C’est plus qu’une collaboration, c’est confraternel. C’est vraiment intense humainement. Et après il y a toutes ces bières que l’on peut brasser, par exemple avec un vigneron qui souhaite brasser une bière en mettant son raisin dedans. Nous tout ce qui est un peu « à cinq pattes » on aime bien !