La brasserie Saint Germain Page 24 c’est l’histoire de deux frères, Vincent et Stéphane Bogaert et de leur ami Hervé, qui ont le projet de créer une brasserie artisanale.

Hello Craft Beer les a rencontré en janvier 2016 pour en savoir plus sur les origines de leur brasserie, leur parcours et ce qui fait la particularité de leurs bières artisanales. Découvrez leur histoire ci-dessous.

Comment vous est venue l’idée d’ouvrir une microbrasserie ?

Nous étions déjà deux à travailler en brasserie. Nous connaissions donc bien le domaine. Nous avons eu le déclic lorsqu’il y a eu des changements de propriétaires dans les brasseries dans lesquelles nous travaillions à l’époque.  Nous nous sommes alors posés la question : continuer chacun nos routes respectives ou créer une brasserie artisanale en commun. Tous les trois, nous avions des idées et l’envie de créer notre propre entreprise tout en défendant les matières premières de notre région. C’est comme ça que tout naturellement, autour d’une bonne table, nous avons décidé de nous lancer.

Qu’est ce qui a marqué le démarrage de votre activité ?

La première année nous avons investi plus d’1 Million d’Euros dans ce projet qui continue à croître encore aujourd’hui.

Nous avons trouvé le lieu idéal pour monter notre brasserie artisanale à Aix-Noulette, ancienne place forte de la bière dans le Nord-Pas-De-Calais. Cet endroit avait accueilli une brasserie de 250 000 hectolitres dans les années 80 qui employait une centaine de personnes à l’époque. Cette ancienne brasserie a fermé ses portes en 1986 suite à des fusions. Nous avons grandi dans ce coin et sommes donc très attachés à cet endroit. Reprendre ces lieux et y ouvrir notre brasserie nous semblait être une évidence !

Qu’est ce qui vous plaît dans le métier de brasseur ?

Le leitmotiv de Page 24 est de mettre en valeur la matière première régionale. Nous sommes donc très fiers de développer les houblons de notre région ainsi que les malts locaux. Il nous arrive d’intégrer des houblons provenant des Etats-Unis ou d’Australie, mais notre objectif premier reste malgré tout de soutenir l’agriculture locale. Nous sommes aussi très fiers de représenter notre région lors d’événements majeurs comme le salon de l’agriculture.

Saint Germain Page 24… d’où vient le nom de votre brasserie ?

Le nom de la brasserie est un clin d’œil à notre commune et à une personnalité historique. Saint Germain est le saint patron de la commune d’Aix-Noulette où est basée la brasserie. Le nom Page 24 est quant à lui issu d’un livre écrit par Hildegarde De Bingen, herboriste monastique et première personne dans l’Histoire à avoir laissé des traces écrites sur les bienfaits du houblon dans la bière. Certains brassaient avec des épices comme le Gruyt mais Hildegarde De Bingen a réussi à prouver que le houblon est un conservateur naturel, dans une boisson qui était bouillie, à une époque où boire de l’eau pouvait être dangereux, car l’eau était mal conservée. Par ailleurs, dans leur processus de fabrication de bière tout tournait autour du chiffre 24 : le nombre de kilos de malts à l’Hectolitre, la température de fermentation, le nombre de jours de garde…

Qu’est ce que le Gruyt ?

Le Gruyt est un mélange ancestral de plantes et d’épices qui servait à aromatiser la bière. Il contenait généralement du piment, de la myrte des marais et du lédum palustre. Son utilisation était très répandue au Moyen-Âge avant la généralisation du brassage au houblon.

Quelle est la particularité des bières artisanales de Saint Germain Page 24 ?

Pour la fabrication de nos bières, nous avons toujours été inspirés par le style des bières belges. Notre brasserie est située à 80 kilomètres de la frontière belge, il est donc naturel que cette proximité est importante pour nous. Depuis quelques années, nous proposons également une nouvelle gamme de bières, les Black Editions, avec une conception un peu différente basée sur les différents styles de bières.

Toutes les bières de Saint Germain Page 24 sont des bières refermentées en bouteille. La refermentation en bouteille est une adjonction de levure et de sucre avant l’embouteillage. C’est en fait une deuxième fermentation, mais qui a lieu dans la bouteille et non pas dans la cuve de fermentation. C’est un procédé un peu plus long puisqu’il nécessite de laisser reposer les bouteilles en chambre chaude pendant environ 15 jours après embouteillage (les bières non refermentées en bouteille peuvent être consommées le jour même de l’embouteillage). C’est un process complexe qui nécessite une certaine maîtrise, car la prise de risque est plus grande en termes d’hygiène. Mais le produit final va apporter des arômes incomparables.

Autre point qui nous tient vraiment à cœur : la bière de garde. Nous essayons de mettre en place un cahier des charges sur la bière de garde chez Page 24. C’est une tâche complexe, mais nous pensons que dans le futur il y aura plusieurs styles de bières de garde. Notre style à nous c’est une bière assez maltée, houblonnée avec un maximum de matières premières locales, bénéficiant d’une phase de garde de 20 jours minimum en cuve après fermentation. C’est encore complexe d’arriver à une définition générale de la bière de garde, car elles ont été produites dans différentes régions de France et pas uniquement dans les Flandres Françaises.

Un point de vue que vous aimeriez partager avec nous pour terminer cette interview ?

Je suis très content de voir qu’on est de plus en plus nombreux à faire de la bière. Plus on sera nombreux à faire de la bière de qualité, plus on parlera de bière dans le bon sens du terme. Je pense qu’il sera nécessaire de se fédérer pour porter des projets communs de défense de la bière, sans distinction de taille des brasseries. Le plus important est de réussir à amener les consommateurs à avoir une réflexion différente sur la bière.